16 avril 2010
Le progrès - 15 avril 2010
14 avril 2010
Concours
Gagnez 20 places pour l'atelier-spectacle La folie Sganarelle dirigé par Claude Buchvald
avec les étudiants de la 69e promotion de l'ENSATT.
Téléphonez au 04 78 15 05 07
jeudi 15 avril de 13h à 14h.
Bonne chance !
13 avril 2010
Ca a commencé !!
ENFIN !
Photo Lison Pennec
Hier soir, la grande première de Molière La Folie Sganarelle !
Et c'est parti pour 2 semaines de folie avec une représentation tous les soirs (sauf dimanche) à 20h. Pour ceux qui ne l'auraient pas encore fait, réservez vite vos places au 04 78 15 05 07 (du lundi au vendredi de 15h à 19h) ou production@ensatt.fr (tout le temps).
Pour les petits curieux, nous avons même mieux !
Le jeudi 22 avril, nous vous proposons une visite de l'école. Vous verrez tous les ateliers de costume, scénographie, les salles de répétitions, la photocopieuse, les labo lumière et son, le studio... Bref, l'ENSATT n'aura plus aucun secret pour vous ! Et ce n'est pas tout : vous aurez la chance (immense, il faut l'avouer) de rencontrer l'équipe artistique à la fin du spectacle, à laquelle vous pourrez poser toutes vos questions. Si ce n'est pas chouette tout ça !?
Et voilà, c'est encore la fête à l'ENSATT jusqu'au 23 avril !
12 avril 2010
Le dernier petit billet du dimanche d'Adrien Cornaggia
Aux
facteurs d'alentour
"Et ce qu'ils nomment "théâtre", redisons-le, répétons-le, ne représente le
plus souvent qu'une usurpation de titre, avec les moyens et les forces
adéquates : un titre générique qui dit le "spectacle" pour le "théâtre", c'est à dire le
spectacle comme ils l'imposent contre le théâtre comme nous voudrions
l'entendre et le voir. Le lieu consensuel du spectacle contre l'idée de l'art
du théâtre, qui est une friction, qui ne consent pas à la célébration
unanimiste, qui est le laboratoire public et citoyen du "scandale",
de la parole scandaleuse, insensée, dissensuelle et surtout (employons là aussi le mot sans aucune réserve) poétique de l'être avec le monde."
(
extrait de l'article Cadavres si on veut,
D.-G. Gabily, , paru en juillet 1994 dans Libération)
Je vous l'écris comme elle vient, ma
discussion théâtrale et vous avoue, rouge comme un coureur difficile, que
j'aime promener mon mufle, insinuer ma silhouette discrète et filante entre les
jeunesses équivoques de nos murs ensattiens, entre les humeurs rarement
vagabondes de vous, chers coreligionnaires ponctués d'un athéisme parabolique.
Quoi de plus malaisé, pourtant, à l'aune de ma tendre et adolescente venue, et
de plus gênant certes, que de prétendre, moi l'écrivain, à trouver intérêt et
jus ailleurs qu'en une conversation enlevée portant sur le respiration
claudélienne, la compréhension de ce que l'on nomme doctement et sans poésie le
théâtre post-dramatique, ou bien
encore le fumeux et baroque pli deleuzien…
Je fais ici, à quelques heures
de la première de La folie Sganarelle,
juste procès de mes particulières amours d'alentour.
"Nous avons vu tant de représentations théâtrales prétendant être non
plus des spectacles mais des cérémonies communautaires (…) et même aujourd'hui
(…) nous voyons tant d'installations et de spectacles transformés en mystères
religieux qu'il n'est pas nécessairement scandaleux d'entendre dire que des
mots sont seulement des mots."
(extrait de Le spectateur émancipé, Jacques
Rancière, éd.
La Fabrique
,
2008)
Le théâtre, d'ailleurs (pardonnez dès à
présent mon propos nimbé quelque peu d'une douce insolence), ne peut à mon sens
se passer d'alentour, sous peine de souffrir un trouble "poétique".
Il ne peut dégager de son champ les corneilles saisonnières : penser l'alentour
c'est élaborer l'organe de transmission. Or, si cet alentour décline, se
délite, court à la mésestime grossière de certains trop assertifs, il ne peut
demeurer alors, lassé, vaguement empêtré, que le corps plaintif et mélancolique
d'une parole omnipotente. Dramaturgie n'est pas que du verbe. Certes, il a la
nécessaire gueule de l'orateur (le légoumenos
de nos philosophes de boutonnades lycéennes), arborant ça et là une "juste
colère", un endroit à défendre, une déviance à partager, mais il va aussi
pour et avec l'alentour, et s'en émeut comme il s'en délecte. À l'heure où la
pensée scénique ne démord pas de l'utilité poussiéreuse du simple style, du
soulignement poussif en faveur du seul propos, il me vient un désir de vous
susurrer "gare" : gare aux prétentions élitaires, gare aux manœuvres
hiérarchiques, gare à la dissension qui, usuellement, semble devenir la règle
et le bâton dans les réflexions de nos hautes et closes pâtures, gare aux méfaits
du mysticisme qui fait scansion au sein de la précarité que nous connaissons du
métier, gare aux adorations excessives qui nuisent aux belles prétentions d'une
jeune communauté de pensées, gare au répit faiblard qui accompagne une vision
unique.
"
La Comédie
, le Ballet et
la Musique
tous trois ensemble.
Sans nous
tous les hommes
Deviendraient mal sains :
Et c'est nous qui sommes
Leurs grands médecins.
La Comédie.
Veut-on qu'on rabatte
Par des moyens doux,
Les vapeurs de rate
Qui vous minent tous,
Qu'on laisse Hippocrate,
Et qu'on vienne à nous."
( in L'Amour médecin, sc.dernière)
Voilà où va ma vindicte, chers vous qui
lisez cela non en élèves bénis d'une semblante couronne de laurier, mais en
créateurs impertinents et avertis.
L'alentour est lampe, son, top,
quincaillerie privilégiée, bois et coutures exaucées. Il est tout cela, il est
une région indivise, puisque chacun vaque à la féconde matière de son propre
département.
"Comme la combustion d'un acteur, la "trouvaille" a sa
justification désintéressée : on cherche à lui donner la caution d'un
"style"(…)On ne dira jamais assez les ravages du "style"
sur nos scènes bourgeoises. Le style excuse tout, dispense de tout, et
notamment de la réflexion historique ; il enferme le spectateur dans la
servitude d'un pur formalisme (…) Dans l'art du théâtre, le style est une
technique d'évasion."
(extrait de "Deux mythes
du Jeune Théâtre", in Mythologies,
Roland Barthes, éd. du Seuil, 1957)
Il semble que, souvent, les ors du passé
excusent les bévues concomitantes d'un présent souffreteux, et les apaisent,
par de nombreux rappels mélancoliques ; que ce qui fut, fut tout, et que de lui
vint le rien qui nous obsèdent par son apparente illégitimité et lacunaire
invention. Là-dessus, prenons l'air circonspect et taillons-nous, je vous prie,
un discours où meurt l'imparfait. C'est au présent que se meuvent qualités
embryonnaires, trouvailles loquaces, apports métalinguistiques, et aussi
erreurs d'une jeunesse prolixe vexée par les récurrentes oraisons d'un ancien
temps. Je me sens plus vieux que nos vieilles tutelles quand je constate que la
célébration de l'antique fait encore grande œuvre. Et combien se sent-on
coupable de ne la point estimer ! Du rêve et de la sacralisation ne peuvent à
mon goût naître que le regret et le fantasme, et l'on est bien souvent plus
abruti par ceux-ci que nous ne fûmes séduits par ceux-là.
"Le Docteur.
– À propos d'accord, voulez-vous que je vous lise un chapitre
d'Aristote, où il
prouve que toutes les parties de l'univers ne subsistent que par
l'accord qui est
entre elles ? "(
in
La Jalousie
du Barbouillé, scène 13 )

![]()
Trouvons-nous dignes de songer
à notre tour.
Ne refusons pas à nos caboches
l'audace d'outre-faire.
"Le dealer. – Alors ne me refusez pas de me dire l'objet (…)
dites-la comme on la dit à un arbre, ou face au mur d'une prison, ou dans la
solitude d'un champ de coton dans lequel on se promène, nu, la nuit."
( extrait de Dans la solitude des champs de coton,
B.-M. Koltès, éd. Minuit, 1986)
Sic.
Adrien Cornaggia, le 12 avril
2010
04 avril 2010
Le petit billet du dimanche d'Adrien Cornaggia
Hush hush lovers !
Fredonnez, chers vous…
(C.D.Friedrich,
Homme et femme regardant la lune, 1819)
" So if I could employ/A little magic that will finally destroy/
This dream that pains me and enchains me/But I can't because I'm mad…/I'm mad
about the boy"
(Dinah Washington, 1952)
Que l'on se détrompe (je vous
souhaite célères et décidés sur ce coup) si l'on juge que les façons de l'amour
furent autres, en le siècle du libidineux Sganarelle, du biaiseux Lycaste, des
certaines et solitaires Dorimène ou Lucinde, que celles que l'on peut apprécier
en grognant en ce début de siècle dédié tout entier à l'apprentissage unique
d'un amour câblé sur l'antenne payante d'une joie factice et cliente, vouée
qu'elle est, notre vingt et unième gageure, au culte du plaisir immédiat et
coûtant, manifesté à grands coups de poignes larmoyées, de pognons dûment
assortis et de tronches empathiques. Qu'est-ce donc que l'amour, alors ?
"Quoi, l'amour ?"
"L'amour risque des choses extraordinaires." (
Lisette, in L'Amour médecin, acte
III, sc.3)
Molière fait état des états de
l'amour : nos mutismes étreints de béates exclamations, les étonnements
fugitifs d'amants délassés ;
"Ah ! Madame,
que le ravissement où je me trouve est grand ! et que je sais peu par où vous
commencer mon discours. Tant que je ne vous ai parlé que des yeux, j'avais, ce
me semblait, cent choses à vous dire : et maintenant que j'ai la liberté de
vous parler de la façon que je souhaitais, je demeure interdit : et la grande
joie où je suis, étouffe toutes mes paroles." (Clitandre, ibid., acte III, sc.6)
les promesses faites sous le
sceau d'une jeune idylle devenue cette affaire très sérieuse qui noue la pomme
et tourne le citron ;
"(…)je vous promets de contribuer de tout mon pouvoir à votre
divertissement." (Valère à Angélique, in La
Jalousie
la peur d'être dupé(e) qui
engendre un mysticisme presque ridicule, inquiétude reprise par les chapeaux
hauts de notre société qui se repaît de chiffres triés à la virgule et d'une
logique hypocrite (ou hypocondre) que mène le souci très capital de congénères
ingénieux. L'amour fut une affaire de cœur ; désormais, il est le cœur des
affaires de certains ; et certains ont à cœur de faire affaire…ainsi va le
monde à la lie ;
"Sganarelle.
– Elles sont gaillardes. Écoutez, vous autres, y a-t-il moyen de me dire ma
bonne fortune ?
1re Égyptienne. – Oui, mon bon Monsieur, nous
voici deux qui te la dirons.
2e Égyptienne. –
Tu n'as seulement qu'à nous donner ta main, avec la croix dedans; et nous te dirons
quelque chose pour ton bon profit.
Sganarelle. –
Tenez, les voilà toutes deux, avec ce que vous demandez.
(…)
Sganarelle. –
Voilà qui est bien : mais, dites-moi un peu, suis-je menacé d'être cocu ?
2e Égyptienne. –
Cocu ?
Sganarelle. – Oui.
1re Égyptienne. –
Cocu ?
Sganarelle. – Oui,
si je suis menacé d'être cocu ? (Toutes
deux chantent et dansent : La, la, la, la…) Que diable, ce n'est pas là
me répondre. Venez çà. Je vous demande à toutes deux, si je serai cocu." (in Le Mariage Forcé, sc.6)
les vœux exprimés d'une femme
chérissant sa solitude et son plaisir, usant sans cesse et sans dia de ses
élans d'arrachement à une condition que l'homme, en sa courue coutume, se plaît
encore à entretenir.
"Je crois que
nous ferons le meilleur ménage du monde ensemble, et que vous ne serez point de
ces maris incommodes, qui veulent que leurs femmes vivent comme des
loups-garous (…) Nous n'aurons jamais aucun démêlé ensemble; et je ne vous
contraindrai point dans vos actions; comme j'espère que de votre côté vous ne
me contraindrez point dans les miennes : car pour moi, je tiens qu'il faut
avoir une complaisance mutuelle ; et qu'on ne se doit point marier, pour se
faire enrager l'un l'autre. Enfin nous vivrons, étant mariés, comme deux
personnes qui savent leur monde." (Dorimène à Sganarelle, ibid., sc.2)
Promesses tenaces, débats mignons de tendresses
sentimentales, travestissements nécessaires et unions estompées dans le souci
secret des amants, toutes ces bévues de la convenance ponctuent adroitement,
comme le halètement d'un transi gêné, l'œuvre de Molière. Quoi de plus précieux
que la langue troublée par les ardeurs celées d'amoureux eux-mêmes forcés à la
dissimulation et au simulacre ? Quoi de plus audacieux qu'un propos grivois
contenu en un discours paré d'excellences verbales, de factices timidités
allitérantes et d'assonants soupirs ? Voyez le texte, coquins que vous êtes
très certainement, amants de la prose difficile et loquace, sages partenaires
des lettres érotiques, ô fils et filles à la langue savamment tournée, tenants
d'alcôves brûlantes d'imageries sagaces et parfumées des élans de peaux
frottées :
"Clitandre. - Ah, Madame! que je serais
heureux! s'il était vrai que vous sentissiez tout ce
que je sens(…)
Sganarelle, à Lisette. - Il me semble qu'il lui parle de bien près.
Lisette, à Sganarelle. - C'est qu'il observe sa physionomie, et tous les
traits de son visage.
Clitandre, à Lucinde. - Serez-vous constante, Madame, dans ces bontés que
vous me
témoignez?
Lucinde. - Mais vous, serez-vous ferme dans
les résolutions que vous avez montrées? "
( in L'Amour
médecin, acte III, sc.6)
"Le Docteur.
- Tu es docteur quand tu veux, mais je pense que tu es un plaisant docteur. Tu
as la mine de suivre fort ton caprice: des parties d'oraison34, tu n'aimes que la conjonction; des genres, le
masculin35; des déclinaisons, le génitif ; de la syntaxe, mobile cum fixo ! et enfin de la quantité, tu n'aimes que le
dactyle, quia constat ex una longa et
duabus brevibus(…)"
( in La Jalousie
C'est parce qu'il est
frustré, ou en danger de l'être, que le sentiment réciproquement partagé de
l'amour convoque irrémédiablement, dans les œuvres abordées, le mensonge, la
duperie, de trompeuses manières, du théâtre en somme, face à un Sganarelle
impuissant, désireux et las nerveux. Naît alors non sans un rire solaire le
travestissement des humeurs enclines les unes aux autres, qui se font jour dans
le secret d'une parfaite mystification. Grandit ainsi le simulacre d'un amour
jaloux. Molière appelle ces subterfuges "détours".
Les deux
saltimbanques, Picasso, 1901,Musée Pouchkine, Moscou
Angélique. -
Sais-tu bien que si tu me pousses à bout, et que tu me mettes en colère, je
ferai quelque chose dont tu te repentiras ?
Le Barbouillé. - Et que feras-tu, bonne
chienne ?
Angélique. - Tiens, si tu ne m'ouvres, je m'en
vais me tuer devant la porte ; mes parents, qui sans doute viendront ici
auparavant de se coucher, pour savoir si nous sommes bien ensemble, me
trouveront morte, et tu seras pendu.
Le Barbouillé. - Ah, ah, ah, ah, la bonne bête
! et qui y perdra le plus de nous deux ? Va, va, tu n'es pas si sotte que de
faire ce coup-là.
Angélique. - Tu ne le crois donc pas ? Tiens,
tiens, voilà mon couteau tout prêt: si tu ne m'ouvres, je m'en vais tout à
cette heure m'en donner dans le cœur.
(ibid.,
sc.11)
Autrement dit, c'est
tout un bâtiment soupçonnable du pire comme du plus délectable qu'est cet amour
dessiné par l'auteur ; coupable peut-être d'une folie première qui rompt les
amarres avec les mœurs d'un temps d'alors voué aux seuls plaisirs du sexe à la
culotte saillante. Hommes aujourd'hui encore gras et débonnaires en matière de
machisme reptilien et autres hypocrites mesures égalitaristes. Pour le
soulagement du sexe guerrier, rien n'est plus sain qu'un sein faussement
ignoré.
Alors, au diable lorettes
soumises et cancans de mâles enseignes, l'auteur s'emploie ici à décrire la
femme moderne ("horreur, me diriez-vous, a-t-on jamais parlé de l'homme
moderne ?", eh oui c'est une des cuistreries masculines qu'on aurait aimé
ne pas citer...), délivrées des affres de l'habitude et des ennuis de la
sagesse voulue ; elle sera donc pour d'autres la "diabolique", la
"vénéneuse", l'exquise tortionnaire à la poitrine dévoilée. Pour
d'autres, elle est la femme convoitée. Pour d'autres encore, un songe univoce
d'où se déclinent les saisons d'un cœur conquis et expirant.
Ou la "vénérée"
qui, pour un Sganarelle plissant, porte du poison l'amèrement douce agonie et
le désir et l'irraison.
"Clitandre.—
Ah! Madame, jusqu'à la mort. Je n'ai point de plus forte envie que d'être à
vous,
et je vais le
faire paraître dans ce que vous m'allez voir faire." ( in L'Amour médecin, acte III, sc.6)
Férocité n'est que de sensualité. Sic.
"Ah ! celui-là, c'en est un fameux ! Il écrit de
fameux poèmes, il tient de fameux propos, il fait de fameux serments et les
rompt de fameuse manière, tout en biais, frappant le cœur de sa maîtresse par
le travers (…) Mais tout est fameux quand c'est jeunesse qui chevauche et folie
qui guide."
(Célia à Rosalinde, in Comme
il vous plaira, Shakespeare, acte III, sc.4)
Adrien Cornaggia, le 04
avril 2010






